À la rencontre de la pop (en)chantée de Odessey & Oracle

 

Le quatuor pop lyonnais Odessey & Oracle a sorti le 16 octobre dernier son troisième album, Crocorama, sur les labels Dur et Doux et Another Record. Nous avons pour l’occasion interviewé Fanny L’Héritier et Guillaume Médioni afin de nous plonger dans leur univers baroque et psychédélique !

 

© Sylvie Mauris-Demourioux

 

Hello les Odessey & Oracle ! Lorsqu’on évoque le nom de votre groupe, on pense évidemment au groupe psyché anglais The Zombies, dont vous avez subtilement emprunté le nom de leur fameux album comme pseudo pour votre projet. Êtes-vous fans de ce groupe et plus particulièrement de cet album ?

Oui, on est bien fan de tout dans ce disque : des chansons à la pochette… en passant par le titre de l’album !

Comment est né votre projet ?

Guillaume Médioni : Le projet est né en 2014. J’avais composé pas mal de chansons et de pièces instrumentales pour lesquelles j’ai fait appel à des amis musiciens pour les enregistrer… Avec Fanny, qui chante sur ce premier album (Odessey & Oracle and The Casiotone Orchestra), on s’est dit qu’il fallait en faire un groupe live pour la scène, on s’est tourné vers Alice (Baudoin) qui joue des claviers (clavecin, synthés…) et qui a accepté de nous rejoindre. En 2019, on a recruté un batteur, Roméo (Monteiro), pour le troisième album et le live.

Travaillez-vous ensemble sur vos compositions ou fonctionnez-vous autrement ?

Fanny L’Héritier : Depuis le deuxième album, on compose et on écrit les paroles Guillaume et moi en partant d’idées amenées par l’un ou l’autre qu’on retravaille en commun.

En parlant compositions, les vôtres sont particulièrement éclectiques ! Entre baroque, pop, rock, électro, bossa-nova… Vous comptez faire un choix un jour ?

Non, jamais ! Cela dit, le choix du format chanson nous tient à cœur !

Le titre « Crocorama » est un peu la partie II de votre chanson « J’ai vu un croco », issue de votre deuxième album Speculatio. On a l’impression qu’en trois ans, le croco que vous n’aviez qu’entre-aperçu dans votre rêverie Broadcastienne est devenu incontrôlable et qu’il est désormais temps de l’arrêter. Qu’en pensez-vous ?

Oui c’est notre rêve ! On n’a rien contre l’animal mais ici le “croco” est une allégorie (qu’on retrouve souvent dès le Moyen-Age) de ces prédateurs sans scrupules : la classe capitaliste, la bourgeoisie financière… Et effectivement il devient urgent et vital de les arrêter.

 

 

En parlant de Broadcast, ces convictions politiques très libérales nous font penser à un autre groupe franco-britannique. En effet, vos titres ressemblent aux morceaux de Stereolab, notamment sur les titres « Je suis l’endormie » ou encore « Antoine Rouge ». Vous inscrivez-vous dans l’héritage de ces groupes des années 1990 ?

Fanny : On s’inspire moins de ces groupes des années 1990 que de leurs aînés des années 60/70, auxquels ils empruntent également une certaine liberté musicale en termes d’expérimentation dans le format chanson.

J’ai vraiment été happé du début à la fin en écoutant votre album. Comme c’est chanté en français, c’est beaucoup plus simple de s’identifier aux univers que vous dépeignez, et c’est plutôt cool ! Pensez-vous que c’est un phénomène de plus en plus présent dans la pop indé française aujourd’hui ?

Tout à fait, les groupes français sont longtemps restés comme complexés, coincés, en pensant qu’il fallait chanter en anglais pour sonner “pop” et pas chanson française ou variété… Et c’est vrai que c’est difficile de se détacher de l’hégémonie anglo-saxonne et des sonorités de la langue anglaise. Mais ce sont des choses que pas mal de groupes ont recommencé à faire ces dernières années et c’est tant mieux, en tous cas, nous, on se sent bien là-dedans.

Sur le côté nonsensical de votre album Crocorama, la première chanson « Chercher maman » est particulièrement barrée ! Je me suis beaucoup amusé à danser avec ces pauvres gosses et cette femme dont l’histoire est aussi drôle que dramatique. Quelle est la background story de ce titre ?

Sans doute un épisode de violences conjugales banal (hélas !) qui dégénère… Cette maman, en tentant de se défendre, finit par planter son mari ce qui la plonge dans un délire et une autre réalité. Elle réveille ses enfants et leur fait partager ses visions dignes d’un conte de fées alors que « les sirènes au loin » annoncent l’arrivée des policiers (au lieu du prince charmant attendu…).

Et sur le même ton décalé, on a l’impression avec « Mélodie #2 » que vous aviez la flemme de terminer votre album. Mais cette flemme devient flegme lorsqu’on entend vos beaux arrangements, votre duo de voix féminine/masculine, et surtout ce rythme et cette mélodie bossa-nova accrocheurs… Alors : flemme ou flegme ?

Un peu des deux… On apprécie le style flegmatique des chanteuses et chanteurs brésilien.ne.s, c’est un petit clin d’œil.

 

© Sylvie Mauris-Demourioux

 

Un petit peu d’actualité pour terminer : quelle sera la vôtre pour cette fin 2020 en suspens et surtout pour l’année 2021 à venir ?

Alors on touche à un sujet un peu déprimant puisque cette sortie d’album se fait sans concert dans l’immédiat, il y a quelques trucs de calés mais on est sûr de rien en ce moment… En espérant qu’en 2021, on reconquerra nos libertés perdues et peut-être quelques lits d’hôpital pour quand les gens tombent malades…

Pop-Quiz : quelle est votre Lost Song ? Evidemment interdiction de parler des Zombies !

Clube da Esquina – Paixão e Fé

 

 

Retrouvez Fanny, Guillaume et leur compères d’Odessey & Oracle sur Bandcamp, Facebook et YouTube.

 

Propos recueillis par Jonathan Kakpeyen