Ulrika Spacek refait votre intérieur avec « Modern English Decoration »

Il y a des albums plus attendus que d’autres. Pour nous, c’est depuis octobre dernier que nous attendions avec impatience la suite des aventures du quintet anglais Ulrika Spacek, après un premier opus – The Album Paranoia – sorti l’an dernier. Et il faut dire qu’en un aussi court laps de temps, la qualité du groupe ne s’est pas affaiblie !

 

 

Modern English Decoration est un album puissant et entraînant, où s’emmêlent voix abstraites, concertos de guitares saturées et une section rythmique précise. Le LP s’ouvre sur « Mimi Pretend », second extrait de l’album qu’avait partagé le groupe. Ce morceau d’ouverture rock doux évolue à travers un schéma elliptique basé sur un jeu de batterie assuré et percussif et de riches mélodies de guitares électriques. « Silvertonic » est un morceau pop brillant et évolutif. Sa batterie ainsi que la combinaison de guitares électriques tricotées et d’accords folks acoustiques rappellent les américains de Deerhunter.

Quant à lui, le morceau lancinant « Dead Museum » nous rappelle les heures glorieuses du Velvet Underground, combinant une batterie et une ligne de basse bien placées. Le morceau nous prend au corps et nous laisse nous dandiner lascivement, de droite à gauche, comme les derniers danseurs éméchés de fin de soirée.

« Ziggy » est un morceau énergique, aux consonances pop et aux guitares naïves. Il introduit « Everything, All The Time », le premier morceau extrait de l’album, alternant passages rock puissants, portés par un maelstrom de guitares électriques et des moments plus calmes avec une combinaison d’arpèges acoustiques.

À mi-course, l’écoute de l’album laisse place à un moment de contemplation parfaite, une bulle détachée où un observateur invisible voit le temps se ralentir et une scène inconnue se dérouler devant ses yeux… Le morceau éponyme « Modern English Decoration » s’ouvre ainsi sur des tonalités orientales, suivi d’accents surf apaisants dont la mélodie rappelle le « Little Trouble Girl » de Sonic Youth.

Aussi, le retour à la réalité n’en est que plus puissant et fort lorsque s’ouvre « Full of Men ». Mélancolique et entêtant, c’est un morceau plein de corps et combatif. Il y réside en effet une sorte d’obstination, de combativité, portée par la batterie, les riffs de guitares hypnotiques et les schémas non-orthodoxes.

 

 

L’enthousiasme porté par l’écoute de « Full of Men » laisse place à cinq minutes de musique totalement différente des morceaux écoutés jusqu’ici. « Saw a Habit Forming » présente la voix vibrante et méconnaissable de Rhys Edwards, comme venant d’une autre dimension, onirique. Accompagné d’une guitare distordue à la Women, le morceau est une autre ballade contemplative, amenant à la réflexion et à l’introspection, pour nous laisser à la fois surpris et émerveillé, intrigué et ému, tant par sa simplicité que par la beauté de ses mélodies et des images qu’elle renvoie.

Le passage extra-terrestre de l’album se poursuit sur un morceau majoritairement instrumental, « Victorian Acid ». Sa basse aux influences post-rock sonne comme un drone inquiétant, avant que n’apparaisse la voix de Rhys Edwards complètement noyée dans une mer de guitares distordues et de réverbération distante.

Afin de terminer cette visite d’intérieur d’Ulrika Spacek, « Protestant Work Slump », un morceau krautrock simple, lumineux et efficace clôt avec dynamisme l’album.

 

Tess Parks

Contrairement à d’autres groupes indés de sa génération, Ulrika Spacek a su avec Modern English Decoration trouver son identité de groupe indie rock. Se plaçant comme héritier de ses modèles, le groupe londonien nous offre ici un vrai témoignage rock, entre morceaux pop dansants et mélodies mélancoliques et sombres. Cet album est une invitation à la contemplation, à l’oubli de soi et à l’expression des émotions. Le groupe évolue et dévie de l’axe emprunté pour son premier LP The Album Paranoia, à base de formules qui ont marché : une voix fortement réverbérée et distante et un assemblage krautrock de guitares saturées et d’une basse ronde. Cela avait fonctionné pour des morceaux comme « She’s a Cult » ou « Porcelain ». Ici, le groupe propose un nouvel assemblage, plus subtil et personnel en donnant une histoire à cet album : celle d’un groupe d’amis partageant leur amour de la musique.

 

Pour plus de renseignements sur le groupe, rendez-vous sur le site officiel, la page Facebook ou la chaîne YouTube. Ulrika Spacek sera en concert à Rock en Seine le samedi 26 août !

 

Article rédigé par Jonathan Kakpeyen

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