Trans Musicales de Rennes : entretien avec Jean-Louis Brossard

À l’occasion de la 39e édition des Rencontres Trans Musicales de Rennes, le festival à la réputation internationale de prescripteur des musiques actuelles qui se tiendra du 6 au 10 décembre, nous avons tenu à poser quelques questions à son créateur, Jean-Louis Brossard, dont la passion ne cesse de grandir d’année en année.

 

(c) WAR!

 

Tu as créé les Trans Musicales et en es aujourd’hui à ta 39e édition, toujours aussi passionné ?

Oui bien sûr, plus que jamais je dirais !

C’est une année spéciale pour toi ?

Oui, enfin il faut savoir qu’au début ce n’étaient que des artistes Rennais donc il y avait à peu près 12 ou 13 groupes. Là on est quand même sur 90 artistes qui viennent du monde entier… Ce n’est pas la même chose, c’est une autre aventure mais la première était très chouette, bien sûr !

C’est quand tu étais à la fac, c’est ça ?

Tout à fait, j’étais étudiant à l’époque, c’était en 1979. Mais je n’étais pas le seul créateur, il y avait Hervé, Béatrice, Jean-René, on était une bande de copains ! Je m’occupe de la partie artistique mais on est nombreux à travailler dans les bureaux pour que ce festival existe !

L’équipe est restée la même depuis tout ce temps ?

Non, pas toute l’équipe, il n’y a que Béatrice Macé qui est restée. Les autres sont partis au fur et à mesure.

Comment fais-tu pour programmer un festival aussi grand ? Pars-tu à la découverte de groupes toute l’année ou es-tu contacté directement par leur entourage ?

Il y a tout ça, il y a des festivals sur lesquels je me rends après avoir écouté la programmation du festival et s’il y a des artistes que j’ai envie de voir. Et puis évidemment je reçois beaucoup de liens, j’ai un énorme réseau de gens qui m’envoient du son, de la matière sur la musique. Enfin c’est les deux quoi.

Préfères-tu découvrir les artistes en live ou en disque ?

J’aime bien les deux ! De toute manière, c’est d’abord un son que j’écoute car si je vais voir un groupe sur un festival à l’étranger j’ai déjà écouté sa musique. Donc ça commence par la musique mais un disque peut me donner envie de programmer un artiste, ça arrive. Je n’ai pas vu tous les groupes des Trans et tant mieux ! J’aime bien les découvrir aussi sur le festival ! Après il y a des artistes qui vont jouer cette année qui n’ont jamais fait de concert avant, tu vois ? Je pense à Modestamente, ils sont encore en train de travailler, pour le moment ils n’ont pas fait de concert. Sabrina & Samantha aussi, Nakhane n’a pas encore commencé sa création à L’Aire Libre, c’est pour ça tu ne peux pas les voir avant !

Alors comment fais-tu pour sélectionner ces artistes-là ?

Suivant mes goûts tout simplement. Ce qui va m’attirer chez un artiste : le son, l’émotion, l’énergie, quand tu le vois sur scène : le charisme, le groove. Enfin chaque personne qui programme a quelque chose qui lui est particulier, qui lui est propre, un ressenti sur la musique.

Y-a-t-il un comité de sélection ou es-tu seul décisionnaire de la programmation ?

J’ai un assistant : Mathieu Gervais avec qui je travaille très bien, qui m’apporte aussi des groupes, que j’envoie sur des festivals surtout quand je ne peux pas m’y rendre et qui a une partie prenante dans la programmation. Autrement c’est moi qui ai le « final cut », qui décide de tous les artistes au final.

Pars-tu aux quatre coins de la planète pour découvrir tous ces groupes ?

Pas aux quatre coins, mais je me balade un peu oui. Moins qu’à une époque peut-être, mais je me balade pas mal ouais.

As-tu des festivals de prédilection pour découvrir ces groupes ?

Oui j’aime bien The Great Escape à Brighton qui est au mois de mai, c’est vraiment très chouette. Il y a toute la nouvelle scène Américaine, Australienne, Canadienne, … C’est un bon festival ! Ce sont des showcases dans des clubs, dans des bars, c’est vraiment intéressant !

Un peu comme les Bars en Trans en fait ?

Euh… non enfin ça peut ressembler aux Bars en Trans car c’est un peu le principe du showcase : chaque groupe joue 30 minutes sauf que Bars en Trans c’est surtout la scène française avec des artistes qui sont des fois plus connus que ceux que tu vas voir à Brighton ! C’est un peu l’esprit de lieu en lieu dans le centre de la ville et plus dans des bars, même s’il y a quelques salles de concert mais moins quand même.

Quels sont tes 5 favoris pour l’édition 2017 ?

Oh my God! Alors je vais te dire Nakhane, la création que je vais faire à L’Aire Libre, ça c’est sûr, avec le chanteur Sud-Africain. Confidence Man, c’est un groupe Australien qui joue le samedi, c’est un groupe électro-pop que j’ai déjà vu deux fois et dont je suis vraiment très très fan ! J’attends la création de Feder aussi parce que c’est un artiste assez connu qui fait de l’électro, qui a déjà joué un peu partout mais là qui prépare un tout nouveau show avec toute une scénographie, des lights, des invités, etc. Voilà c’est une première, c’est ce que j’avais déjà fait l’année dernière avec Møme par exemple, on crée le spectacle qui va tourner l’année d’après. Superorganism le mercredi à l’Ubu, un groupe pop aussi un peu électro, ils sont 6 sur scène et ils viennent autant de Nouvelle-Zélande que d’Australie, d’Angleterre, du Japon, … enfin c’est un groupe très international qui a travaillé à distance pour préparer son disque et là les musiciens se sont retrouvés en Angleterre pour travailler le live il y a peu. Ensuite, je vais dire Le Groupe Obscur qui va jouer à L’Étage le samedi, c’est un groupe de Rennes que je connais déjà parce que c’est un groupe qu’on accompagne, qui va faire la tournée des Trans avec The Midnight Revolution et ABD. Donc j’attends de les revoir là dans le cadre des Trans, devant un autre public, parce que c’est un groupe que j’aime beaucoup !

Peux-tu me donner plus de précisions sur la création à L’Aire Libre ?

L’Aire Libre est un théâtre qui se trouve à Saint-Jacques-de-la-Lande, qui doit faire 250/300 personnes assises, et c’est aussi un lieu de création. C’est-à-dire que l’artiste Nakhane fait son premier concert le 6 décembre mais il va arriver le 29 novembre pour s’installer et commencer à travailler les spectacles qui vont arriver, qu’il va jouer pendant cinq jours. C’est un artiste Sud-Africain qui est venu s’installer en Angleterre récemment pour trouver des musiciens parce qu’il était tout seul donc pour le moment personne n’a jamais vu ses concerts. Tout va se créer au niveau du son, des éclairages, de la mise en scène et même de la musique à L’Aire Libre. C’est un lieu dans lequel j’ai organisé les premiers concerts de Stromae, Fishbach, Jeanne Added, Benjamin Clementine et d’autres.

Quel est le concert qui t’a le plus marqué aux Trans 2016 ?

Meute, des Allemands, c’est un brass band c’est-à-dire qu’ils sont une dizaine de cuivres plus des percus, etc. Ce sont des gens qui jouent dans la rue en Allemagne et là ils ont vraiment fait un concert sur scène qui était absolument extraordinaire, à 4 heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche, et même eux n’en croyaient pas leurs yeux d’avoir 5000 personnes devant eux – je ne vais pas dire hystériques mais tout le monde dansait – il y avait une ambiance absolument incroyable !

 

(c) Marion Bornaz

 

* BONUS : Programmation Danse aux Trans avec Sandrine Poutrel

Depuis combien de temps y-a-t-il de la danse à la programmation des Trans Musicales ?

En fait là ça fera la 12e année qu’on a repris la programmation danse aux Trans. À la fin des années 1990 il y avait un peu de danse mais on a dû abandonner le projet pour X raisons et on s’est décidé à le reprendre il y a 12 ans. C’est d’ailleurs moi qui m’en occupe depuis ce temps-là.

Comment choisissez-vous les compagnies qui se produisent aux Trans Musicales ?

Tout d’abord, ce n’est pas mon poste premier, je suis directrice de production artistique donc je m’occupe de toute la partie logistique des artistes aux Trans. Et je fais la danse en plus en fait parce que c’est une passion, que je l’ai pratiquée pendant plusieurs décennies et que j’ai un regard particulier sur la danse, du coup je me suis proposée il y a 12 ans pour le faire. Ce que je fais pour découvrir les compagnies que je programme, je me déplace sur trois ou quatre festivals vraiment clés durant l’année : Suresnes Cités Danse, La Villette…  Et puis je reçois beaucoup de vidéos, maintenant c’est très pratique, je reçois énormément de liens et je visionne énormément de choses via mon ordinateur.

Quels sont vos festivals de référence en danse ?

Alors il y en a plein auxquels je ne peux malheureusement pas assister dont celui de Mourad Merzouki qui a lieu en novembre-décembre là, à Créteil, j’adorerais y aller mais comme je suis en pleine préparation des Trans je ne peux pas ! Sinon je vais à Suresnes Cités Danse, c’est un festival qui me tient beaucoup à coeur, je vois des choses très très bien. Et je vais souvent au festival 100 % à La Villette au mois d’avril et il y a un jour ou deux sur la danse où je vois pas mal de bons spectacles aussi.

Quel est le spectacle que vous attendez le plus aux Trans ?

Le spectacle Motion, qui est programmé au Triangle, est vraiment une toute première en France, c’est avec les meilleur(e)s Bboys et Bgirls d’Ukraine. Là je pense que la chorégraphie par Brahim Bouchelaghem va être vraiment superbe, je pense que ça va être une très belle pièce !

 

Pour plus de renseignements sur les Rencontres Trans Musicales de Rennes, rendez-vous sur leur site officiel !

 

Interview réalisée par Adeline Dupriez

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