The Breeders sous tension

Sorti le 2 mars dernier chez 4AD, All Nerve, le cinquième album studio de The Breeders restaure en nous l’esprit rock alternatif des années 1990. Un esprit rebelle, empreint de frustration et de tension, qui se prêterait bien comme bande son de la jeunesse de 2018.

 

 

Il s’est passé dix ans depuis Mountain Battles, le dernier opus signé The Breeders, et pourtant c’est comme si c’était hier que les sœurs Kelley & Kim Deal, accompagnées de Josephine Wiggs et Jim MacPherson, nous avaient laissé sur notre faim.

Il est difficile aujourd’hui de trouver des groupes avec la même identité sonore que le quatuor de Boston. Après une longue absence et une composition de groupe ayant plusieurs fois changée, il était légitime de se demander ce qu’il adviendrait de The Breeders. Pas de panique : la même bande qui nous a livré le mythique Last Splash est de retour. Avec basse, guitares, batterie, secondés de la voix puissante de Kim Deal, la formule Breeders fonctionne toujours sur All Nerve et ces 11 nouveaux titres.

« Nervous Mary » ouvre le bal en peignant un paysage stressant, une course effrénée appuyée par les guitares puissantes des jumelles. Le second titre « Wait in the Car » est le premier extrait de l’album, sorti fin 2017. Une chanson  rythmée qui s’ouvre sur le « Good Morning! » (« Bonjour! ») de Kim Deal.

 

Le  titre éponyme de l’album est une ballade rock et mélancolique, ponctuée de paroles amoureuses et torturées et de mélodies douces. « MetaGoth » conserve l’atmosphère tendue de l’album avec une guitare saturée distante, la batterie militaire et sèche de Jim MacPherson et la voix déformée de la frontwoman. Le morceau semble nous présenter les contours d’un paysage désolé et post-apocalyptique.

La tension redescend avec « Spacewoman », une ode à la lune mélodique où la profondeur de la voix de Kim Deal tantôt nous berce, tantôt nous anime.

« Walking with a Killer » était à l’origine une composition solo de Kim Deal. Avec la contribution des autres membres du groupe, la chanteuse nous raconte cette marche absurde, empreinte de féminisme, où la victime se surprend à découvrir son fatal destin. La basse de Josephine Wiggs guide sereinement ce road trip, comme une observatrice distante de la disparition d’une jeune fille naïve :

I’m walking with a killer and I’m gonna need that ride
We rolled through the night
Through the cornfields of East 35

I didn’t know I should have
I didn’t know it was my night to die
But it really was

La tension revient sur « Howl at the Summit », un hymne rebelle au mouvement prononcé et constant, tandis que la reprise du groupe allemand Amon Düül II, « Archangel’s Thunderbird », remet au goût du jour l’esprit krautrock des années 1970.

Le titre « Dawn : Making an effort » se présente comme une bulle d’oxygène et de légèreté dans All Nerve… mais uniquement l’espace d’un instant ! En effet, suit « Skinhead #2 », un titre animé d’une colère sourde. Son efficacité tient sur un riff de basse puissant et clair, appuyant le discours de Kim Deal. Enfin, « Blues at the Acropolis » synthétise la tension profonde exposée tout au long de l’album.

 

© The Breeders

Comme de nombreux groupes de leur génération ces dernières années, The Breeders sont bel et bien de retour. Le même groupe qui a bercé notre adolescence avec des titres comme « Iris » ou « Cannonball » revient dans All Nerve avec les mêmes chansons d’ados torturés et rebelles. Après un concert bien ficelé en fin d’année dernière et la sortie de cet album, il est certain que l’esprit rock de The Breeders est bien conservé, après trente ans de bons et loyaux services.

 

Pour plus de renseignements sur The Breeders, vous pouvez visiter la page Facebook du groupe ou bien son site officiel.

 

Article rédigé par Jonathan Kakpeyen

 

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