On s’emmène avec Voyou pour une interview

À l’occasion de son passage aux Trans Musicales de Rennes, nous avons eu le plaisir d’interviewer Voyou, aka Thibaud Vanhooland, à propos de son EP On s’emmène avec toi sorti aujourd’hui, le 26 janvier 2018.

 

(c) Pierre-Emmanuel Testard

Quand t’est venue l’idée de voler de tes propres ailes ?

L’idée je ne sais pas mais ça fait longtemps que je fais des morceaux dans mon coin. Je pense que l’idée de concrétiser ce projet est venue au moment où j’ai commencé à voir que j’étais prêt pour le faire, parce que j’avais fait assez de concerts avec d’autres groupes (Pégase, Elephanz, Rhum For Pauline, ndlr), que je connaissais assez de personnes dans le milieu et que ma musique était prête à être écoutée.

Justement est-ce que tu es toujours bassiste pour ces groupes-là ?

Rhum For Pauline on s’est séparé en juin 2016, un truc comme ça. Elephanz, du coup la question s’est posée que je reparte en tournée avec eux mais je n’avais pas le temps avec Voyou donc je ne l’ai pas fait. Et Pégase, j’avais juste fait la première tournée et la deuxième je ne l’avais pas faite car on était censés partir en tournée avec Rhum For Pauline.

Donc tu te consacres à ton projet à 100 % ?

Oui voilà, je n’ai plus que mon projet à moi.

Comment s’est faite la rencontre avec Entreprise ?

Ils sont venus me voir à un concert en fait. J’ai fait un peu le tour de plein de labels avec mon manager et c’est un label dont j’espérais avoir un signal positif depuis très longtemps. En fait c’est arrivé un peu plus tard que les autres mais ils sont venus à un concert, enfin l’un des boss est venu à un concert et en a parlé au second qui est venu me voir deux jours plus tard, et ils ont été les premiers à me faire une proposition de contrat. Du coup j’étais très content car c’était vraiment le label sur lequel j’avais envie d’aller, du coup je suis ravi qu’ils aient été les premiers à me faire une vraie proposition.

En fait c’est le label qui correspond le plus à ton univers…

Je trouve que c’est le label qui correspond le mieux à la musique que je fais et je pense que c’est hyper important d’avoir un label qui comprend ce que tu veux faire, qui peut t’accompagner dans ta démarche artistique et pas essayer de la modifier pour en faire quelque chose qui leur correspond à eux. Du coup j’étais trop content, en plus j’achète les disques des groupes Entreprise depuis que le label existe.

Et ça fait combien de temps que tu es signé chez Entreprise ?

Depuis septembre, en fait j’ai signé avec eux pile un avant après avoir fait mes premiers concerts.

Comment va s’intituler l’EP ?

Il va s’appeler : « On s’emmène avec toi ».

Au niveau de ton entourage professionnel, ça se passe comment ?

J’ai la chance de travailler avec des gens que je connais bien et qui sont des copains à moi.

Ah tu les connaissais d’avant ?

Nicolas Vandyck, ça fait 10 ans que je le connais, c’est un copain à moi de Nantes. En fait on a commencé un peu ensemble, moi j’ai commencé à faire de la musique avec Rhum For Pauline à un moment où notre batteur jouait dans Minitel Rose. Et Minitel Rose faisait partie d’un tout jeune collectif qui venait de se monter qui s’appelait Valerie et était tenu par Collège. Nico était le meilleur ami du mec de Collège et il a commencé a filer des coups de pattes pour Valerie et petit à petit à devenir attaché de presse et à en faire vraiment son boulot. Et ce qui est drôle, c’est qu’on se retrouve quasiment 10 ans après où lui il se lance tout seul en promo et moi je me lance tout seul avec mon projet.

As-tu des concerts de prévus suite à la sortie de ton EP ?

Alors je viens d’annoncer une release party le 9 avril à La Maroquinerie à Paris, ça va être cool !

 

 

Combien de dates as-tu faites depuis le lancement de ton projet ?

Depuis que j’ai commencé le projet en septembre 2016, j’ai déjà fait 40 concerts !

Tu n’avais pas un tourneur tout de suite, si ?

Si, après mon premier concert j’ai trouvé mon tourneur qui sont des gens avec qui je travaillais déjà sur Elephanz et que je connaissais très bien. En fait, l’avantage d’avoir joué pendant 10 ans dans d’autres groupes c’est que j’ai un vrai entourage professionnel mais très familial qui sont des gens avec lesquels je travaille depuis longtemps et avec lesquels je n’ai jamais eu de rapports conflictuels car je n’étais jamais l’artiste qui était devant. Du coup ça fait un peu plus d’un an que je bosse avec À Gauche de la Lune qui est à Lille et c’est parfait car c’est ma ville de naissance.

C’est un bon tourneur parce que tu fais plein de dates…

Oui carrément et puis même là ils se sont demenés pour les Trans, je suis venu avec un projet un peu gros, qui coûte un peu d’argent, que je voulais présenter aux Trans et ils ont accepté directement de le faire alors que je suis en développement et je n’avais rien sorti vraiment. Ils ont une grande confiance en le projet et du coup ils m’accompagnent vraiment avec beaucoup de ferveur.

Quand tu dis ton projet, tu veux dire que ton live va être spécial ?

Mon live va être différent de ce que j’ai joué pour l’instant, j’ai monté un live spécial pour les Trans. J’ai bossé une création avec trois écrans-rideaux derrière moi qui créent un espace sur lequel je projette des petites animations que j’ai faites moi-même dans ma chambre et des petites vidéos.

Comment composes-tu ? Est-ce que tu écris d’abord les paroles, ou tu composes d’abord la mélodie ?

Ça dépend des morceaux, en général je compose d’abord la musique, c’est même très rare que le texte vienne avant la musique. Mais souvent j’écris d’abord la musique avec les mélodies de voix aussi et après je travaille beaucoup sur les arrangements, sur les textures des morceaux et une fois que j’ai ça, que j’ai un truc que je trouve cohérent, je l’écoute beaucoup et j’essaye de laisser le morceau me souffler des décors, des histoires dans lesquels je peux me placer et les paroles viennent assez naturellement après ça. En fonction de ce que j’ai composé, je vais avoir inconsciemment des idées assez précises de ce dont je vais parler parce que souvent ça correspond beaucoup à des choses dont je parle beaucoup avec mes amis à ce moment-là.

Tes textes sont très poétiques donc je me suis posée la question, c’est difficile d’écrire comme toi, c’est limite des poèmes parfois…

Ça dépend des morceaux mais déjà j’essaye d’écrire en n’utilisant que des mots que j’employerais dans la vraie vie et de ne pas essayer de faire de la poésie de comptoir, une espèce de truc où toi-même tu ne sais pas trop ce que tu racontes mais les mots vont bien les uns avec les autres… Je pense que j’ai vraiment envie de parler de choses très précises et ce sont même des espèces de besoins fondamentaux, d’aller traiter certains sujets pour les exorciser un peu et moi-même aller un peu mieux, comme une espèce d’auto-thérapie à travers l’écriture de textes et de musiques. Et ça me rend vachement heureux de pouvoir déverser toutes mes angoisses, toutes mes pulsions et toutes ces choses-là à travers des textes, ça me permet de comprendre plein de choses, d’en parler avec d’autres personnes et ça me fait du bien je pense.

Tu as toujours fait ça ? Tu m’as dit que ça faisait longtemps que tu composais toi-même, c’est juste que tu n’osais pas le montrer aux autres ?

Ce n’est pas que je n’osais pas, c’est que je sentais que ce n’était pas prêt pour le public. Et moi-même je n’étais pas prêt, je pense que c’est un vrai métier musicien qui ne s’apprend pas en un jour : tu ne peux pas te dire « je vais avoir du succès, ça va être tout de suite super » et c’est d’ailleurs ce qu’on essaye de faire croire à plein de gens à la télé et tout ça. Ce n’est pas le cas, c’est un vrai boulot de savoir gérer le live, les tournées, de savoir gérer plein de pressions différentes qui peuvent venir à toi. Et ma démarche était plutôt de jouer avec d’autres personnes avant pour, déjà, apprendre le métier de musicien sur scène et puis aussi pour voir comment mes potes se débrouillaient avec ça quoi. Ce qu’eux ils avaient à vivre et ce que moi j’aurais potentiellement à vivre au moment où je déciderais de le vivre si j’avais la chance d’aller aussi haut qu’eux. Du coup, ça m’a permis de voir toutes les victoires qu’ils pouvaient avoir, toutes les erreurs qu’ils pouvaient faire et d’essayer de reproduire plein de choses, d’en éviter plein d’autres mais aussi d’avoir beaucoup de recul là-dessus, de ne pas avoir la tête qui explose.

En fait tu as attendu d’être assez mature pour te lancer…

Oui c’est ça, d’être assez fort psychologiquement pour supporter un truc comme ça parce que ce ne sont pas toujours des moments ultra faciles. Tu vis des moments absolument magnifiques mais il y a d’autres moments qui peuvent être un peu plus durs à cause de la pression et du coup j’ai un rapport très détendu avec tout ça maintenant parce que je sais à peu près ce qui m’attend.

C’est surtout que tu es bien entouré, ça joue beaucoup !

Et en plus je suis bien entouré ouais ! Et je suis entouré par des gens en qui j’ai une confiance extrême car je les connais depuis longtemps. Et ça c’est aussi un truc qui est important, tu ne peux pas faire de belles choses avec des gens qui te veulent du mal ou qui privilégient leur intérêt personnel avant le tien. Même si je n’en voudrai jamais à qui que ce soit de privilégier son intérêt personnel tant que c’est dans une démarche collective.

Pour le live, c’est un avantage d’être seul en scène mais tu n’es pas stressé parce que tu es plus exposé ?

Au début ça me stressait énormément, vraiment beaucoup. Après je ne suis pas d’un naturel très anxieux, j’ai toujours un peu de stress avant de monter sur scène et je sais que dans tous les cas je vais me faire plaisir. Je n’ai pas trop de doutes techniquement sur ce que je dois faire et ça, ça m’enlève déjà un gros poids. Et après c’est plus le doute de savoir si les gens vont apprécier et tout ça. Ça ne m’effraie pas tant que ça d’être sur scène tout seul et ce que je trouve cool, c’est qu’il y a plein de choses qui n’existent pas quand tu es seul et qui peuvent être gênantes quand tu es avec des musiciens. Par exemple, si tu as un malaise, s’il y a un truc qui se passe mal, tu es tout seul avec ça et tu dois réussir à le gérer et en fait tu ne peux te replier sur personne. Et je me rappelle, quand j’étais en groupe, les moments de gêne qu’il y avait quand il y a un truc qui ne marche pas et tu sais pas pourquoi, tu passes ton temps à te regarder les uns les autres de manière super gênée et le public se retrouve tout seul à te regarder et à être gêné. Alors que là quand tu es tout seul, tu es obligé de prendre la parole, de faire vivre le problème pas qu’à toi mais à tout le monde et comme ça tout le monde est content quand le problème se résout. J’aime ce rapport-là très direct avec le public où la moindre de tes émotions va se ressentir.

 

 

Pour plus de renseignements sur Voyou, rendez-vous sur sa page et pour écouter/acheter l’EP c’est ici. Toutes les dates de sa tournée sont disponibles sur sa page et pour les parisiens rendez-vous le lundi 9 avril à La Maroquinerie !

 

Interview réalisée par Adeline Dupriez

 

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