Journal des Trans Musicales

Du 6 au 10 décembre, les Trans Musicales investissaient la ville de Rennes pour la 39e année consécutive. À cette occasion, j’ai décidé de couvrir le festival sous la forme d’un journal !

Mercredi 6 décembre :

Jour J, l’excitation est à son comble quand vient le moment de prendre le TGV direction Rennes. Arrivée à la gare Montparnasse, je tombe par hasard sur Louis Piscine et June. Cool, je fais le trajet avec eux et le temps passe encore plus vite que prévu ! Arrivée à Rennes, une fois passé le moment des accréditations, de l’accueil par Gwenola Le Bris toujours sur le pont pour les médias, je pars m’installer dans mon Airbnb. Je ressors quelques heures plus tard pour rejoindre Yann à l’apéro d’ouverture des Trans, où l’on s’aperçoit qu’un énorme buffet garni nous attend ! Après une bonne galette aux champignons et à la crème, direction l’Ubu pour voir le groupe recommandé par Jean-Louis Brossard, à savoir Superorganism, ainsi que les Italiens de Husky Loops.

Je débarque à l’Ubu alors que Superorganism a déjà bien entamé son set et que la salle est comble. Sur scène, pas moins de huit musiciens au look rétro et au visage garni de paillettes sont en mouvement ! Pour accompagner leur musique, les énergumènes nous gratifient de chorégraphies kitsch tandis que des visuels hypercolorés défilent derrière eux, à la Warhol mixé aux jeux vidéos. La chanteuse, petit bout de femme se cachant derrière d’énormes lunettes 3D, est à peine âgée de 17 ans et en impose par sa voix. J’aurais le plaisir de savourer Superorganism, titre éponyme du groupe, Tokyo, Something for your M.I.N.D., entre autres, et d’entendre la voix de la chanteuse transformée au vocodeur sur certains morceaux. Je n’ai qu’une chose à dire : ce premier groupe des Trans est une énorme claque !

Après cette révélation, difficile de mieux faire à l’Ubu ce soir-là mais les trois italiens de Husky Loops ne vont pas laisser le public en reste. Une batterie, une basse, une guitare, un pad, le groupe est équipé de façon minimaliste. Le bassiste, qui a failli entrer en scène sans son instrument, possède un charisme monumental. De solos de basse endiablés en gestes frénétiques, on ne voit que lui ! Difficile pour le chanteur de se faire une place mais il y parvient à grand renfort de riffs acérés. Le trio clôt son set par un de ses titres phares, Dead, que le public reprend en coeur en dansant à la manière de Ian Curtis.

 

Jeudi 7 décembre :

Jour 2, il est venu le temps des courses et du café. Après avoir fait un tour rue Papu pour récupérer mon accréditation Bars en Trans, je file au supermarché du coin m’acheter du café car je suis déjà en manque de ma boisson préférée et la journée de la veille n’a pas été de tout repos.

Je fonce alors au Liberté où j’ai rendez-vous avec Voyou pour une interview. Il arrive en avance, sérieux et charmant. Je n’en dis pas plus, l’interview sera disponible d’ici une semaine.

(c) Julien Pernet

J’enchaîne avec un concert que j’attends depuis facilement deux mois, à savoir le live de Fabulous Sheep à l’Étage. C’est un grand événement et la salle est comble à cette occasion ! Tim, le chanteur, arbore une robe transparente à pois qu’il a piqué à sa mère et a des airs de Mylène Farmer avec ses cheveux rouges. Les quatres autres musiciens n’ont pas essayé de l’imiter mais brillent chacun par un élément de leur personnalité. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et je me prends un rock énergique et énervé en pleine face, sous les cris du public et les pogos incessants ! Au bout de trois chansons, le guitariste Piero monte sur la batterie et casse tout. Heureusement, c’est typiquement l’endroit où il peut se permettre de faire ça car les Trans sont bien équipées niveau backliners ! Tout est rapidement remis en place et Jacques, le batteur, peut continuer à faire vibrer les murs de la salle avec sa grosse caisse. Le public est littéralement en transe et le concert est un franc succès, la deuxième claque du festival ! À ce rythme là, on va se prendre une claque par jour !

La suite de cette journée sera racontée dans mon article sur les Bars en Trans.

 

Vendredi 8 décembre :

Jour 3, j’ai énormément de mal à me lever après ces deux jours de concerts mais je fais l’effort d’aller à la conférence « Diversité, Égalité, Parité » organisée par la Fédélima au CRIJ Bretagne à 14 h 30. Je ne me serai pas levée pour rien car la conférence sera riche en échanges et ne sera pas uniquement une énumération de l’enquête réalisée par la FEDELIMA sur la composition des équipes permanentes de ses structures adhérentes. J’ai pris des notes tout au long de la conférence mais vous épargnerai celles-ci, la conclusion étant que les inégalités femmes-hommes ne sont pas les seules que l’on observe dans les structures de musiques actuelles… Les inégalités ethniques, d’orientation sexuelle, de religion en font aussi partie.

Après cette conférence fort intéressante je repasse chez moi pour tenter d’organiser la suite de mon festival. Ce n’est pas gagné et je passerai par les Bars en Trans avant de rejoindre le Parc Expo à 21 h 30 pour le cocktail Dutch Impact. Comme à son habitude, l’équipe du Bureau Export néerlandais a mis les petits plats dans les grands. Présent à toutes les conventions professionnelles (MaMA, Trans Musicales, The Great Escape, etc.), le Dutch Impact est là pour nous faire découvrir ses artistes. Après un cocktail si savoureux que j’en viens à sympathiser avec le traiteur, Gildas (Orhan), qui me parle de ses deux restaurants à Rennes : Le Quantic Café et Le Haricot Rouge, je me décide enfin à aller découvrir Altin Gün dans le hall 3.

J’arrive dans le hall 3 alors que le groupe hollandais a déjà commencé son set depuis une quinzaine de minutes… Le hall est tellement rempli qu’il est difficile d’entrer dans le concert mais on sent les bonnes ondes émanant de la scène et le public est en ébullition ! De la musique psychédélique turque, il fallait le faire ! Les six membres du groupe n’ont peur de rien et nous ensorcellent avec leur titre phare Goca Dünya. Dommage que je ne sois pas arrivée plus tôt !

Pour ne pas faire la même erreur, je me précipite dans le hall 9 pour découvrir Duke Hugh, également conseillé par le Dutch Impact. Quelle n’est pas ma surprise de constater que c’est en fait un DJ et non un groupe live ! J’écoute avec attention mais ne suis pas plus emballée que ça par son DJ set. J’en profite pour retrouver quelques potes et tenter de m’organiser pour la suite, sans succès. C’est difficile de s’organiser aux Trans Musicales, même en ayant passé une semaine à bosser son timetable… Bon, le petit interlude musical chill de Duke Hugh a au moins le mérite de calmer les esprits échauffés !

Après cette prestation sympathique mais pas transcendante, un énorme groupe monte sur la scène du hall 9. Il s’agit de House Gospel Choir et l’on s’attend à tout venant de la part d’une si grande tribu ! Avec force cuivres, claviers, choeurs et une chanteuse au charisme indéniable, je commence à apprécier ce que j’ai sous les yeux ! Mais au bout de quelques chansons je me rends vite compte que les instruments sont joués en playback… Grosse déception pour mes potes et moi qui quittons le hall 9 sans remord pour rallier le hall 8. La voix de la chanteuse était remarquable cependant, rien à redire là-dessus !

(c) Gwendal Le Flem

Le hall 8 est désert, ça tombe bien on peut s’y installer et danser tranquillement en attendant Tank and the Bangas. Mais pour l’heure, c’est Kosmo Pilot qui est aux platines pendant l’interplateau et c’est avec brio qu’il chauffe la salle. Au bout de neuf ans aux Trans, on peut dire qu’il a roulé sa bosse et sait où il va. Malheureusement, une fille bourrée écrasera mon sac avec force en dansant, me forçant à aller à l’espace presse du hall 2 pour vérifier que mon matériel est toujours intact… Ce faisant je louperai la majeure partie du set de Tank and the Bangas mais mes potes m’assureront que c’était bien !

Ensuite, direction le hall 3 pour Flamingods que je brûlais d’envie de découvrir ! Je n’ai pas été déçue du voyage : le groupe captive l’auditoire par sa seule présence sur scène et le chanteur joue du phin électrique, cet instrument originaire de Thaïlande et surtout utilisé au Laos. C’est un vrai bonheur que de danser en rythme sur leur rock psychédélique et arabisant ! Originaires du Bahreïn, les quatre musiciens rallient tout le monde à leur cause et prouvent que peu importe d’où l’on vient, la musique transcende les frontières ! On ne peut s’empêcher de penser au film No One Knows About Persian Cats réalisé chez leurs voisins iraniens en 2009 sur le pouvoir d’émancipation de la musique rock. Troisième claque du festival ! J’en suis décidément à une par jour, merci Jean-Louis !

(c) Sarah Bastin

Enfin, direction le hall 8 pour terminer la nuit en beauté avec les londoniens (tout le monde connaît ma passion pour les Anglais) de Too Many T’s ! À vrai dire j’ai suivi mes potes ici, merci Fanch ! Le hall est plein à craquer et pour cause : le duo de rappeurs anglais défonce tout sur son passage ! Des prods léchées, un flow aiguisé comme une lame de rasoir, une énergie scénique digne des plus grands nightclubs londoniens, Too Many T’s n’a vraiment rien à prouver ! Je serai en transe du début à la fin du set, ondulant mon corps comme si j’étais traversée par un courant électrique. Eh oui je sais freestyler en hip hop pour ceux qui se demandent ! Merci au gentil gars qui est venu m’offrir à boire ! Au final ce concert sera l’une de mes plus grosses claques de ces Trans 2018, qui l’eût cru ?

Samedi 9 décembre :

Jour 4, j’ai encore plus de mal à me lever que les jours précédents et pour cause : j’ai enchaîné une journée de 19 heures pour assister à tous ces concerts ! Réveil plus tardif que d’habitude et je ne parviendrai pas à aller voir Le Groupe Obscur à l’Étage à 16 heures malgré les conseils de Jean-Louis… Bref, je me ressaisis vite à l’aide d’une douche et d’un petit déjeuner de vainqueure. J’arrive au Liberté vers 17 heures et rejoins mes potes attachés de presse et rédac’ chefs. J’étais censée aller au Triangle pour découvrir le spectacle Motion à 18 heures mais l’interview de Voyou m’a donné envie d’assister à son concert créé spécialement pour l’occasion. Je lâche donc la danse, ma passion, pour voir un nouveau show en exclusivité !

(c) Fred Lombard

J’arrive à l’Étage pile pour le début du concert de Thibaud et force est de constater que la salle est pleine à craquer ! Rien d’étonnant pour un artiste très attendu, surtout depuis la sortie de son single Seul sur ton Tandem que j’avoue écouter une dizaine de fois par jour au bas mot. Que dire de son set ? J’ai été happée par son charisme du début à la fin et très impressionnée par sa nouvelle scénographie soigneusement préparée ! Le public avait l’air d’accord avec moi et pas un bruit ne filtrait pendant les chansons. Captivée par le grand Voyou – qui me fait décidément penser à Arsène Lupin par son côté charmant et gentleman -, l’assistance hurlait son approbation entre chaque titre ! Je ne dévoilerai pas toute la finesse de ses installations mais disons que j’ai été surprise lorsque l’artiste est passé derrière son tryptique d’écrans pour chanter en ombre chinoise parmi la végétation colorée vidéoprojetée. Le reste est à voir en live par vous-même ! Je vous garantis que vous ne serez pas déçus !

Après le superbe show de Voyou, je me rends à l’apéro organisé par Trempolino et la Région Pays de la Loire pour déguster des huîtres et du Muscadet tout en papotant avec l’équipe du dispositif d’accompagnement de la région de Nantes. Bon, en fait je n’aime pas les huîtres mais les gens sont sympathiques ! Tous les professionnels présents sont unanimes : le concert de Voyou était sensationnel !

Je ne vais pas raconter toute ma vie mais après un passage en before dans un appart’ de potes (ok j’avais déjà commencé l’apéro) et un passage aux Bars en Trans, il est temps pour moi de me rendre au Parc Expo !

J’emprunte la navette à une heure raisonnable, vers minuit et demi, mais les passagers sont déjà arrachés à faire peur. Tous ces gens drogués me font pitié et j’en profite pour aller taper la discut’ au chauffeur du bus qui est une crème. Big up à lui et vive Marseille !

(c) Nico M Photographe

Je ne verrai rien avant Viagra Boys au hall 3 à 2 h 30 car je serai passée au hall 2 (espace pro) pour dire bonjour à des amis qui semblaient camper là-bas sans aller voir aucun concert, comme beaucoup de pros du secteur… Enfin c’est sûr qu’après les journées que nous avions, je peux comprendre le besoin de se poser un peu. Quant à moi j’étais assoiffée de découvertes musicales et j’ai suivi mes potes normands à travers les halls !

Pour en revenir à Viagra Boys, les musiciens viennent de Suède et il n’y a rien d’étonnant à cela tant leur rock sait frapper là où ça fait mal ! Le chanteur déborde d’énergie comme s’il avait avalé une boîte entière de petites pilules bleues avant de monter sur scène et les cinq autres ne sont pas en reste. Inqualifiable, le style musical du groupe s’apparente à du punk mélangé à du hard rock. La ligne de basse est très présente et un énorme souci technique paralysera le set pendant plusieurs longues minutes… C’est très fâcheux mais en même temps c’est très rock, comme l’esprit du groupe !

(c) Kiblind Magazine

Après ce set inachevé, je décide de partir vers le hall 8 en suivant mes potes pour voir Hello Psychaleppo. Le jeune syrien venu d’Alep (comme son nom de scène l’indique) est déjà en train d’enflammer le hall avec sa musique au croisement de la drum’n’bass et du dub. Son style est indéfinissable et on se posera même la question mes potes et moi mais au final tout le public est d’accord ! Pas besoin de mettre une étiquette sur une oeuvre quand celle-ci transcende les auditeurs ! Belle découverte !

Enfin, pour conclure ces quatre jours de Trans(e), je termine avec le live de Moon Hooch. Mes potes sont sur le pied de guerre dans le hall 8 tandis que je suis passée faire un tour au hall 2 pour reposer mes pieds… À force de cavaler partout depuis mercredi, je commence à sérieusement fatiguer. Ok je rate le début du concert mais j’arrive quand même à voir le brass band mettre le feu à la scène et réveiller le hall 3 qui s’était peut-être endormi pendant Hello Psychaleppo. Deux saxophones et une batterie, la formation est étonnante et je me demande ce que cela va donner. Au final, je suis étonnée par l’ambiance générée par une si petite formation ! Originaires des États-Unis, les trois américains envoient du bois, excusez mon français ! Quelle belle façon de clore le festival ! Tous les festivaliers présents sont en transe et je suis tout de suite happée par la foule, telle un électron autour de son noyau ! Même Jean-Louis est sur un côté de la scène en train de danser !

 

Conclusion :

Cette édition des Trans Musicales de Rennes était la première pour moi et certainement pas la dernière, je reviendrai ! Merci à Delphine Diard pour sa bienveillance et à Jean-Louis Brossard pour ces belles découvertes musicales !

 

Article rédigé par Adeline Dupriez

 

 

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